Tracés non conclusifs : l'angle mort des montres connectées

Il y a 8 ans, je sortais de l’hôpital après ma journée de travail de médecin.

J’étais fatiguée, concentrée sur : récupérer mes enfants, remercier les proches qui les gardent, localiser les doudous.

En arrivant, l’un des adultes présents me dit qu’il pense avoir « la grippe » : il a chaud, des courbatures dans les bras, une grosse fatigue.
Jusque-là, on est encore dans le territoire connu du “ça doit être viral, prends du paracétamol et dors”.
Puis il ajoute :
« J’ai une montre connectée, offerte par mes enfants. Tu voudrais regarder les données ? »

C’était la première fois qu’on me présentait les données d’une montre connectée.
Avec, en bonus : “c’est les enfants qui me l’ont offerte”, donc oui j’évite de répondre “ça ne sert à rien ton gadget de la fête des pères”.
Je commence par prendre son pouls : plus de 160 battements par minute.
À cette fréquence, la montre avait elle décidé de ne pas conclure.

Je poursuis l’examen, mais j’appelle aussi un ami cardiologue. Parce qu’avec les proches, on a parfois un problème de calibration : soit on dramatise, soit on est trop détendu, méfiance.

Et là, assez vite, on convient tous ensemble que ce patient doit aller aux urgences.
Aux urgences, il est pris en charge immédiatement, puis hospitalisé en cardiologie dans la foulée.
Ce n’était pas une grippe.
Il a été opéré.
Aujourd’hui, il va très bien.

Cette histoire m’est revenue en tête en lisant les publications récentes sur les montres connectées.
Un des points importants, souvent moins sexy que “la montre détecte tout”, concerne les tracés « non conclusifs » : ceux pour lesquels la montre ne peut pas trancher.
Dans une étude en vie réelle publiée en juin 2025 sur l’Apple Watch, ils représentaient environ 20 % des tracés. Ce sont notamment les fréquences rapides, au-delà de 150/min, ou au contraire lentes, qui finissent souvent dans cette catégorie.
Autrement dit : quand ça devient vraiment intéressant.
Pour la détection de la fibrillation atriale, les performances rapportées dans la littérature scientifique sont très intéressantes, je vous les livre.

Mais une montre ne remplace pas un médecin.
Elle permet d’alerter, documenter, orienter.
Elle peut aussi dire : “je ne sais pas”.

Le vrai potentiel de ces outils n’est pas dans une médecine sans médecin.
Il est dans une médecine augmentée,
où les données du quotidien peuvent parfois accélérer une prise en charge décisive.

Dr A.-L. Rousseau

📚 Sources :
– Étude en vie réelle Apple Watch, Heart Rhythm O2, juin 2025 : https://lnkd.in/enbG6Ydj
– Méta-analyse JACC Advances 2025 : https://lnkd.in/eCP9mU7r
-Essai randomisé indépendant JACC 2026 : https://lnkd.in/eRXG92Nk

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